Associer le précepte “consommer moins mais mieux” à un mécanisme économique

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Le défi qui consiste aujourd’hui à ralentir le tourbillon de la surconsommation peut être relevé en agissant sur les modes de consommation et de production. Certes, nous devons réapprendre à consommer mais on peut craindre que la recommandation “consommer moins mais mieux” ne suffise guère. Les consommateurs n’ont pas toujours le choix et doivent le plus souvent se contenter d’une offre low-cost obsolescente et jetable imposée par les marques et les grandes enseignes.

C’est surtout en amont que nous pourrons recréer des équilibres. Aussi nous faut-il concevoir les mécanismes économiques qui, à terme, produiront l’effet recherché.

Avant la délocalisation massive de l’industrie manufacturière des biens de consommation, les faibles coefficients multiplicateurs appliqués au prix de revient étaient à peu près semblables chez l’ensemble des commerçants de chaque profession. Compte tenu d’un salaire minimum et traditionnellement, d’une bonne qualité de fabrication, le prix de vente final correspondait généralement à la valeur réelle du bien et la consommation était régulée.

Aujourd’hui, le prix de vente est déterminé selon le prix psychologique du marché (montant que le consommateur est prêt à débourser). Il n’est plus rare de payer un article 10 ou 20 fois son prix de revient sorti d’usine. Certes, les taxes douanières participaient auparavant à une modération de la production mondiale et Il faut admettre qu’il se révélerait difficile de restaurer la transparence et l’équilibre antérieurs dans le contexte actuel de libre-échange dérégulé. Il serait cependant possible d’œuvrer dans ce sens en guidant les entreprises vers une revalorisation des produits qui ferait ensuite considérablement diminuer les gaspillages et la surconsommation.

Quand le coût de la main d’œuvre est très bas, les industriels sont moins attentifs à la qualité de conception et de fabrication d’articles, qui, subséquemment, sont peu durables mais trouvent  néanmoins le plus souvent acquéreur ou sont détruits.

Un salaire minimum mondial encouragerait une diminution de la production de produits jetables. Celui-ci devrait être spécifique à l’exportation et des  pays seraient regroupés par catégories salariales. Les chefs d’Etats de pays émergents en percevraient la dimension humaine et philosophique mais aussi économique. Les avantages et bénéfices d’un salaire décent, source de nouvelles recettes fiscales et de développement financé par une plus forte contribution des donneurs d’ordres, pourrait les convaincre.

A terme, le salaire minimum mondial  générerait un effet macroéconomique positif sur le niveau de vie de populations entières. Cependant, compte tenu d’une part salariale toujours mineure, le nouveau salaire n’affecterait que modérément le prix acquitté par le consommateur.

Certes, le salaire minimum mondial n’est pas une idée nouvelle et bien qu’une part importante de la population mondiale s’accorde à juger son instauration souhaitable, l’absence de projet viable n’a pas permis d’avancée significative. La piste souvent préconisée par des organismes internationaux et quelques économistes demeura longtemps celle du salaire minimum selon le revenu médian pour accéder progressivement à un salaire vital. Mais le processus infiniment complexe n’aurait fait progresser les pays que proportionnellement à un niveau de vie de départ souvent très faible.

Dans certains pays, une augmentation de dix ou vingt euros n’aurait que peu amélioré des conditions de travail indignes. Par ailleurs, un salaire que certains Etats pauvres n’auraient pu assumer dans leurs administrations ou que les entreprises produisant pour la population locale n’auraient pu payer à leurs salariés, n’avait bien évidemment que peu de chances de voir le jour ou n’aurait guère été pérenne.

Francis JOURNOT -  "International Convention for a Global Minimum Wage" 

http://www.international-convention-for-minimum-wage.org